dimanche 3 juillet 2011

Le Massacre des Innocents. Un thème antique et biblique.

Le  tableau permet d'entrer dans les caractéristiques du classicisme pictural français que nous dégagerons ensemble. L'originalité ne tient pas au motif, mais au traitement de ce thème biblique que les historiens n'attestent pas.


Nicolas Poussin,



Une étude très intéressante ici......
                                                                                        une vidéo , là.
La violence insoutenable de l'ordre du roi Hérode se traduit dans une action de premier plan, insensible à l'appel à la pitié et aux cris des mère.
Terreur et pitié constitueront les effets majeurs de la tragédie classique, conformément aux principes que le philosophe grec Aristote avait énoncé dans sa poétique.

Le caractère collectif du massacre, l'intensité de l'action, le  paroxysme de la douleur des mères, rendent le sujet particulièrement intéressants pour les artistes visuels à travers les siècles.

A titre de comparaison, il est considéré que ce tableau de Guido Reni datant de 1611 s'inscrit davantage dans le courant baroque. N'oublions pas que les termes "classiques" et "baroques" ne s'emploient pas à l'époque pour désigner ces notions. Des différences dans l'approche du sujet et certains choix apparaissent néanmoins. 





L'oeuvre de Paul Rubens, place aussi le thème dans l'esthétique baroque, comme le montre cette toile de 1611



La représentation plus tardive du même sujet par Rubens témoigne aussi d'une évolution propre au peintre.


Un retour en arrière nous montre l'évolution de la représentation du massacre des innocents.

Ce panorama peut commencer avec le tableau que Bruegel, peintre flamand, peint à partir de 1565 :


Il convient d'agrandir l'image pour saisir les détails qui révèlent le traitement du massacre des Innocents. Les enfants en bas âge n'attirent pas le regard en premier lieu.




Memling en 1480 représente aussi un massacre transposé dans un cadre rural contemporain.












En 1961, le sculpteur Arman propose une représentation métaphorique et métonymique du massacre.

De l'ensemble du sujet, il extrait seulement les corps des enfants, représentés métaphoriquement par des objets de fabrication industrielle: des poupées articulées dont certaines sont démantibulées, voire des parties des corps de ces poupées.
         En procédant par "accumulation", il sature la boite-cadre (qui figure peut-être l'espace habituel de la toile) du motif des Innocents.


Revenons maintenant au peintre Nicolas Poussin, considéré comme un classique.



Le tableau de Guido Reni l'influence. Mais le mouvement démultiplié par les nombreux personnages concentrés ne laissait pas véritablement se dégager un ordre. 
Ici, au contraire, le soldat l'enfant et la mère saisie par la chevelure occupe le premier plan. Les quatre autres figures féminines disposées de manière à équilibrer systématiquement l'ensemble confèrent au geste sa dimension collective : trois autres femmes sont frappées à des degrés diverses et portent leurs enfants dans leurs bras. Le soldat unique emploie tout son corps à exercer son geste criminel : les deux bras et les deux jambes remplissent une fonction distincte.  Les deux jambes qui encadrent le groupe humain se conforment aux lignes verticales des trois colonnes : la composition d'ensemble, même dans le mouvement vise l'ordre et l'harmonie. Les visages de femmes se complètent en traduisant des expressions nuancées : chaque composante de l'ensemble est utile et efficace. La représentation de l'antiquité se veut fidèle dans l'armurerie comme dans les costumes. Ces caractéristiques fondent l'esthétique classique.


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